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Créativité

Histoire nº 19

Comment ne plus perdre le compte au crochet.

La poule m'a épuisée.

Ma première poule au crochet n’a qu’une patte.

Elle a deux yeux, une crête, deux ailes, un bec…

Et une patte. Une seule, oui.

Pas par choix artistique.

Cette poule m’a épuisée.

Je crochetais en rond sans marqueur et sans autre méthode, pour suivre mes tours, que la confiance en ma capacité à tenir le compte de tête. J’ai fini par ne plus savoir du tout où j’en étais et je me suis arrêtée.

Elle coule des jours paisibles, définitivement bancale, dans la ferme de ma fille de deux ans.

J’ai cru que c’était un problème de débutante, de ces choses qui finissent par se régler avec l’habitude. Comme le fait de retenir un enchainement de danse (cf. mes péripéties au ballet) .

Ce n’est pas le cas.

Je crochète depuis des mois et je perds encore le compte. Ce n’est pas l’ouvrage que je ne sais pas lire, c’est moi qui repose un projet un soir en me disant que je m’en souviendrai très bien, et qui le retrouve trois semaines plus tard en devant tout recompter.

Ce qui change les choses n’est pas de mieux savoir compter (même si ça aide, soyons honnêtes).

C’est de poser des repères pendant qu’on avance, pour ne pas avoir à tout reconstituer après coup.

Le marqueur qui matérialise le tour

Quand on crochète en spirale, comme c’est souvent le cas pour les amigurumis, les tours s’enchaînent sans être fermés. L’ouvrage monte en continu et il n’y a donc pas de séparation nette entre la fin d’un tour et le début du suivant.

Ce repère, il faut le créer.

Un marqueur de mailles suffit. Certains patrons demandent de marquer la première maille du tour, d’autres la dernière. Suivez simplement l’indication du patron et gardez ce repère tout au long de l’ouvrage.

À chaque nouveau tour, le marqueur vous permet de savoir exactement où vous en êtes.

Sans marqueur sous la main, un bout de fil d’une autre couleur passé dans la maille fait très bien le même travail.

J’utilise des clips verrouillables qui m’agacent un peu pour être honnête.

Il faut les rouvrir et les refermer à chaque tour, ce qui interrompt précisément le geste qu’on cherchait à fluidifier.

Je regarde depuis un moment du côté des marqueurs souples qui s’enroulent et se retirent à une main. Je ne les ai pas encore essayés, donc je n’en dirai rien de plus.

Des repères dans les grands rangs

Sur un rang long, une couverture, un châle, un plaid qui n’en finit pas, un seul repère ne suffit pas toujours.

Placer un marqueur toutes les dix ou vingt mailles permet de localiser une erreur en quelques secondes au lieu de recompter cent vingt mailles depuis le bord.

Si vous utilisez déjà un marqueur pour identifier le début d’un tour, choisissez une autre couleur pour les repères intermédiaires.

Au bout de trois heures, deux marqueurs identiques qui ne veulent pas dire la même chose, c’est une erreur qui attend son heure.

Vérifier avant d’être perdue

Le réflexe qui m’a longtemps manqué était assez simple : je comptais quand quelque chose clochait.

C’est-à-dire trop tard.

Quand l’erreur est déjà douze rangs plus bas et qu’il faut choisir entre défaire et tricher, compter devient soudain une activité beaucoup moins méditative.

Compter quand tout va bien ne sert pas seulement à trouver une erreur. Cela sert surtout à savoir qu’il n’y en a pas.

Une vérification après une partie importante du patron, une autre avant de poser l’ouvrage, et le périmètre de recherche reste petit si quelque chose ne correspond plus.

On peut aussi laisser un marqueur à un endroit stratégique de l’ouvrage, par exemple au début d’une nouvelle section, et le laisser en place. Il devient alors un point de référence : au lieu de recompter depuis le tout début, on repart simplement de là.

Le compteur de rangs

Le compteur de rangs existe en version mécanique, sous la forme d’un petit boîtier à molette, ou en bague que l’on porte au doigt et que l’on avance d’un cran.

Rien à charger, rien à ouvrir, et ça survit très bien au fond d’un panier.

Son seul défaut est aussi sa qualité : il donne un numéro, et rien d’autre.

Quand on reprend un ouvrage trois semaines plus tard, savoir qu’on en était au rang 47 ne dit pas forcément ce que contenait ce rang, où l’on s’était arrêté dans le patron ni ce que l’on avait prévu de faire ensuite.

C’est là qu’une petite note change tout.

Ce que je note avant de poser mon ouvrage

C’est probablement l’habitude qui m’a fait gagner le plus de temps, et elle prend quelques secondes.

Je note généralement trois choses : le numéro du rang ou du tour, le nombre de mailles lorsque cette information est utile, et surtout ce que j’allais faire ensuite.

Ce dernier point est celui que j’oubliais toujours de noter et celui qui me manquait toujours au retour.

« J’allais commencer les diminutions » vaut parfois dix minutes de reconstitution.

Et il y a un geste qui va avec : avant de ranger l’ouvrage, je sécurise la boucle en cours avec un marqueur.

Une boucle laissée libre au fond d’un sac finit parfois par se défaire. Commencer une séance de crochet en réparant ce que l’on avait terminé la fois précédente n’est pas exactement l’idée que je me fais d’une reprise agréable.

Reprendre trois semaines plus tard

Avant, je recomptais tout.

Le rang en cours, les rangs du dessous, les augmentations, avec ce découragement particulier qu’on éprouve à refaire un travail déjà fait une fois, et l’impression très nette de perdre la soirée qu’on venait justement de se réserver.

Maintenant, la reprise tient généralement en trois gestes.

Relire ma note. Vérifier une seule chose si nécessaire, par exemple le nombre de mailles du dernier rang. Repartir.

La différence entre dix minutes et trente secondes ne tient pas vraiment à l’expérience.

Elle tient surtout à ce qu’on a laissé derrière soi avant de poser l’ouvrage.

Le carnet, l’application, ou les deux

Un carnet papier fait très bien l’affaire.

Deux lignes par projet, un stylo qui traîne, aucune batterie. Son seul risque est de ne pas être là quand on en a besoin, et un carnet de projets égaré ramène assez efficacement au point de départ.

J’ai fini par développer Muuch pour cette raison précise.

Je voulais pouvoir poser un ouvrage et retrouver immédiatement où j’en étais en le reprenant, sans dépendre d’un carnet que je ne retrouvais pas.

Muuch permet de suivre ses rangs et ses projets et de conserver les informations que l’on veut retrouver à la reprise. L’application est gratuite, sans publicité et fonctionne hors ligne, même quand on crochète dans un train sans réseau.

Elle ne remplace ni le marqueur ni le carnet.

Elle remplace le fait de tout recompter.


Je commence rarement un projet sans avoir déjà le suivant en tête, ce qui rend chaque heure reperdue à recompter particulièrement irritante.

C’est probablement la vraie raison de tout ce qui précède.

Quant à la poule, elle est toujours là, sur son unique patte.

Je n’ai jamais eu le courage de lui en faire une deuxième, mais elle a le mérite de m’avoir tout appris sur l’utilité des marqueurs.

A bientôt,

Elsa

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