En 2014, j’ai commencé à écrire dans un carnet. Je cherchais surtout une porte de sortie aux pensées invasives. J’avais lu que les noter quelque part permettait de prendre un peu de distance.
Et puis j’y ai trouvé d’autres avantages : ne pas perdre certaines choses. Des pensées qui disparaissaient avant que j’aie le temps de les saisir, des observations de rue, des phrases entendues dans le métro, des souvenirs de voyages ou d’événements.
12 ans plus tard, j’ai une étagère entière de ces carnets. Différentes tailles, différentes couvertures. Certains achetés avec intention, d’autres trouvés par hasard dans des papeteries visitées.
Je ne les relis pas souvent. Mais quand je le fais, c’est un peu comme retrouver une personne qu’on avait légèrement oublié. Je souris parce qu’il arrive aussi fréquemment de constater que certaines choses n’ont, en revanche, pas du tout changé.
Ce que tenir un carnet m’a appris, c’est surtout à observer. À rester dans un moment au lieu d’en sortir immédiatement pour passer au suivant.
Finalement, c’est presque l’inverse du but initial…
Pour moi, écrire, ce n’est pas seulement raconter ce qui s’est passé. C’est aussi décider ce qui mérite de rester.
Alors j’ai des carnets pour garder certaines choses. Et d’autres pour les laisser partir. Et puis ce lieu aussi pour partager.
Je crois qu’en fait, j’écris surtout pour faire un peu de place dans ma tête sans avoir l’impression de perdre ce qui compte.
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