J’ai essayé la méditation.
J’ai téléchargé des applications, j’ai écouté des podcasts, regardé des vidéos YouTube… La théorie me semblait accessible : on s’installe confortablement, on respire et on chasse ses pensées. Et si elles reviennent on les reconduit poliment à l’exterieur de notre tête.
Sauf que parfois, elles sont vraiment TRÉS coriaces ces petites pensées.
Et les miennes semblent particulièrement apprécier quand il y a de l’espace disponible pour venir me rappeler tout ce que à quoi je pourrais penser en ne pensant pas… Si cela a un sens.
Alors j’ai fini par conclure que la méditation n’était pas adapté à ce spécimen de pensées.
Sans transition, j’ai commencé le crochet pendant les vacances de Noël. (Je raccroche les wagons dans un instant, c’est promis.)
Assise sur le canapé devant une vidéo YouTube « chromecasté » sur la télé, un crochet dans une main et un fil que je ne savais absolument pas tenir dans l’autre.
Je regardais pour la quatrième fois (la vitesse réglée à 0,25x) une personne expliquer comment réaliser un cercle magique avec une tranquillité que j’ai commencé à trouver provocante.
Ma nièce, assise à côté de moi, me regardait l’insulter.
J’ai essayé. Raté. Rembobiné. Essayé encore. Défais. Recommencé. Changé de fil. Changé de position…
Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Mais quand j’ai abandonné j’ai réalisé que pendant tout ce temps, je n’avais pensé à rien d’autre.
Pas parce que j’avais réussi à faire le vide mais parce qu’il n’y avait justement plus de vide. Toute la place était prise.
Par le fil, mes doigts, la prochaine maille, cette boucle qui refusait obstinément de faire ce que la dame de YouTube prétendait qu’elle devait faire.
C’est là que j’ai commencé à me demander si je ne m’étais pas trompée depuis longtemps sur ce que signifiait se reposer.
On associe facilement le repos à l’arrêt. Ne rien faire. S’allonger. Fermer les yeux. Faire taire le bruit.
Mais peut-être que toutes les fatigues ne réclament pas du silence.
Parfois, ce dont j’ai besoin n’est pas d’arrêter de faire quelque chose.
C’est de faire autre chose.
Le crochet ne demande pas moins à mon cerveau. Il lui demande autre chose.
Compter. Regarder. Toucher. Répéter.
Au piano, il doit lire, écouter et coordonner mes doigts.
Au ballet, il doit retenir une combinaison tout en essayant de comprendre ce que font mes bras, mes jambes, ma tête et pourquoi ils semblent parfois appartenir à quatre personnes différentes.
Quand je photographie, je regarde.
Quand j’écris, je cherche des mots.
Aucune de ces activités n’est passive. Certaines sont même franchement difficiles.
Mais elles ont toutes cette capacité étrange à déplacer mon attention.
Pendant un moment, je change d’endroit mental.
Et je crois que c’est ça qui me repose.
Pas l’absence d’effort.
L’absence, pendant quelques minutes ou quelques heures, de l’effort qui était en train de me fatiguer.
Mon premier granny square existe toujours. Il a des trous, des mailles beaucoup plus serrées que d’autres et des coins dont la géométrie reste discutable. Je le garde dans un petit panier.
Je pensais qu’il me rappelait simplement mes débuts au crochet.
Finalement, il me rappelle peut-être autre chose.
Qu’un soir, sans le chercher, j’ai découvert qu’on pouvait faire énormément de choses avec ses mains et, pendant ce temps-là, laisser une partie de soi tranquille.
Depuis, je multiplie les endroits où je peux aller quand j’ai besoin de changer d’air sans nécessairement aller quelque part.
Le crochet. Le piano. Le ballet. La lecture. La peinture. La photographie. L’écriture.
Je ne les utilise pas tous pour fuir mes pensées et je n’ai pas envie non plus de remplir chaque minute de silence sous prétexte qu’elle pourrait devenir inconfortable.
Mais j’ai arrêté de croire que le repos devait toujours ressembler à l’immobilité.
Parfois, se reposer, c’est dormir.
Parfois, c’est ne rien faire.
Et parfois, c’est simplement donner autre chose à faire à la partie de nous qui est fatiguée.
A très vite,
Elsa
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