Je rentre tout juste de mon cours de ballet et j’écris un peu à chaud, encore découragée. Peut-être que demain je verrai les choses autrement, ou que je finirai par effacer cet article, comme ça m’arrive parfois. Mais pour l’instant, voilà où j’en suis.
J’ai commencé le ballet adulte il y a quelques mois. Je savais que ce serait difficile. Je crois même que c’est une partie de ce qui me plaisait dans l’idée de commencer.
Apprendre quelque chose de complètement nouveau et voir jusqu’où je pouvais aller.
Et j’ai toujours trouvé ça magnifique.
Depuis, le ballet a pris beaucoup de place dans mon quotidien. Je regarde aussi beaucoup de vidéos de danse, ce qui présente l’avantage de mieux comprendre les mouvements et l’inconvénient de mesurer à quel point je suis loin de savoir les faire.
Mais il y a ces jours où j’ai l’impression de ne pas avancer.
Mes pieds ne sont jamais suffisamment tendus, les jambes manquent de force, l’en-dehors disparaît dès que je commence à bouger. Quant à la coordination… disons que certains enchaînements (pour ne pas dire tous) semblent nécessiter quelques connexions supplémentaires dans mon cerveau.
Et bien sûr, plus j’apprends, plus je remarque tout ce qui ne va pas.
Aujourd’hui, mon professeur m’a fait beaucoup de corrections (ce qui est précieux, parce qu’on est nombreuses). Mais à un moment, il m’a demandé si je m’entraînais à la maison. J’ai répondu que oui. Il a ri et m’a demandé ce que je faisais exactement.
Je ne sais pas vraiment comment interpréter cet échange. Il a un humour assez moqueur et je sais qu’il n’est pas méchant. Mais sur le moment, je me suis demandé si mes efforts étaient à ce point invisibles.
C’est probablement ce qui me frustre le plus en ce moment.
Je travaille beaucoup, sincèrement. Bien sûr, tout est relatif. Je prends trois cours de ballet par semaine et je fais quelques exercices à la maison. Ce n’est pas non plus six heures d’entraînement par jour, mais ça représente beaucoup d’heures dans une semaine. Et pourtant, lorsque je me retrouve à la barre, mon corps ne fait pas du tout ce que je voudrais.
Je sais bien que trois cours par semaine ne suffisent pas à faire des miracles, et je n’en attends pas (même si je ne le chasserais pas s’il se produisait). Mais j’aimerais parfois sentir un peu plus clairement que tout ce travail m’emmène quelque part.
Mais tout va tellement vite.
Et puis il y a les exercices au centre où je perds mes moyens. Et ceux que le professeur me demande de réaliser devant tout le monde, alors que j’aimerais surtout me faire oublier.
Je ne suis pas particulièrement à l’aise dans les grands groupes. Je me surprends à réfléchir à des choses assez absurdes, comme la personne que je regarde lorsque je réponds à une question. Autant dire que ce n’est pas toujours très utile pour se concentrer sur ses pieds.
En rentrant aujourd’hui, je me suis fait la réflexion que j’avais développé une relation un peu douloureuse avec mes cours de ballet. C’est assez paradoxal, puisque personne ne m’oblige à y aller. Je pourrais très bien me contenter d’un cours par semaine, prendre les choses plus tranquillement ou même arrêter.
Mais je n’en ai pas envie.
J’aime apprendre les mouvements, comprendre les corrections, sentir que certaines choses deviennent progressivement plus « naturelles » (ce qui est assez ironique pour une discipline qui consiste notamment à tourner ses jambes dans un sens qu’elles n’envisageraient pas forcément seules). J’aime aussi tout ce qui entoure la danse : la musique, les exercices à la barre (et pouvoir justifier des achats chez Repetto).

Simplement, j’aimerais parfois que mon corps apprenne un peu plus vite.
Je crois que je découvre aussi une difficulté à laquelle je n’avais pas vraiment pensé en commençant : accepter d’être mauvaise dans quelque chose qui me plaît énormément.
Pas mauvaise dans l’absolu, évidemment. Je suis débutante. Mais suffisamment pour avoir régulièrement l’impression de ne rien savoir faire, même après des mois de travail.
Et c’est parfois complètement décourageant.
Et pourtant, j’y retournerai
Je ne sais pas exactement ce que j’attends du ballet. Je n’ai pas de spectacle à préparer, pas d’examen à réussir, et aucune ambition de carrière à l’Opéra de Paris (heureusement!)
J’aimerais simplement réussir à danser.
Et à être plus à l’aise avec mon corps, et à enchaîner les mouvements sans devoir réfléchir à chaque détail, et à trouver un peu de cette légèreté qui me plaît tant lorsque je regarde les danseurs.
Pour l’instant, j’en suis encore assez loin.
Je ne pense pas qu’il faille souffrir pour apprendre, ni que chaque difficulté cache nécessairement une belle leçon. Certains jours sont simplement frustrants et aujourd’hui en fait partie.
Mais ce qui est assez curieux, c’est qu’après un cours comme celui-ci, une fois la déception passée, je finis généralement par me demander comment corriger ce qui n’allait pas.
Je cherche un exercice pour mes pieds, je repense à une correction, je regarde une vidéo pour comprendre un mouvement. Et me voilà à refaire les enchaînements au ralenti, accrochée au plan de travail de la cuisine en guise de barre, sous le regard perplexe de ma fille de deux ans, qui finit invariablement par m’imiter en rigolant.
Et je réalise que j’ai toujours autant envie d’y arriver. Alors je retournerai à mon prochain cours.
Et je réussirai à les tendre, ces deux pieds.
P.S. L’autre jour, en feuilletant un imagier avec ma fille, je lui ai montré un balai en lui demandant à quoi ça servait. Elle m’a répondu très sérieusement : « À danser ! » Visiblement, elle me voit plus souvent danser que faire le ménage.
0 commentaires