Avant, quand je cherchais un bouquin, j’allais en librairie.
J’avais la chance d’étudier dans le Quartier latin, à Paris, à deux pas des librairies Gibert Joseph. Je pouvais passer une heure ou deux à piétiner entre les rayons, lire des quatrièmes de couverture, des premières pages…
Parfois, je repartais avec le livre d’un auteur qui avait été évoqué en cours. Parfois, avec celui d’un parfait inconnu.
Mais j’OSAIS repartir avec cette sélection un peu hasardeuse dans mon sac. J’étais impatiente d’en commencer les premières pages dès que j’arriverais dans le métro. C’était mon petit plaisir à moi.
Aujourd’hui, je suis abonnée à des comptes Instagram, ou je lis des articles qui recommandent des lectures. Je vois passer un livre, la description me parle, je le commande en ligne. Quelques jours plus tard, il arrive dans ma boîte aux lettres et j’essaie d’en lire quelques pages avant de me coucher.
Et j’ai d’ailleurs réalisé une chose : il est devenu assez rare que je sorte de chez moi avec un livre.
Il y a dix ans, ça m’aurait paru complètement inconcevable.
Tout ça pour dire quoi ? Je ne dis pas que ma sélection d’avant était meilleure ou moins bonne… Mais je crois que j’avais une autre manière de rencontrer les livres.
Je les cherchais.
C’est d’ailleurs ma fille qui m’a fait prendre conscience de tout ça. Parce que ses livres à elle, je continue à les acheter presque toujours en librairie.
Je sais plus ou moins ce qui va lui plaire. Je sais quelles illustrations va susciter son intérêt, quelle quantité et type de texte va perdre son attention. Je sais aussi quels sont les sujets que je préfère… laisser encore un peu sur les étagères.
Typiquement, « Bidule ne veut pas dormir ». (J’assume totalement le fait qu’on baigne en pleine censure parentale, mais elle n’a que deux ans et suffisamment d’idées toute seule. Franchement, elle n’a aucun besoin de documentation supplémentaire.)
Alors je sélectionne chaque livre. Je les ouvre, je regarde les dessins, je lis quelques pages. Je les repose. J’en prends un autre.

Et en fait, j’ai réalisé que c’était exactement comme ça que je choisissais les miens avant.
Je ne savais pas si le livre avait cinq étoiles, si 2 millions de personnes l’avaient adoré ou s’il faisait partie des meilleures lectures de l’année.
Je savais seulement que j’avais lu trois pages debout entre deux rayons et que j’avais envie de lire la quatrième.
Sauf que, j’ai arrêté de le faire pour moi. Pas parce que je croise moins de librairies sur mon chemin. Mais parce que maintenant, on a accès à une quantité infinie de recommandations. Les nouveautés. Les prix littéraires. Ceux qui sont sur la table à l’entrée de la librairie avec un petit bandeau nous expliquant qu’ils ont déjà convaincu quelques centaines de milliers de lecteurs. Ceux qui font partie de la liste de lecture d’été de Barack Obama…
Je ne dis pas que c’est une mauvaise chose. J’ai découvert de super livres comme ça. Et avec moins de temps qu’avant, c’est aussi rassurant de choisir quelque chose que plusieurs personnes dont on partage les goûts ont déjà aimé.
Mais à force de vouloir éviter les mauvaises lectures, j’évite pas aussi la partie découverte.

Alors oui, il y a eu de gros ratés dans mes choix d’avant (oui, parle toujours des livres).
Mais il y avait aussi cette sensation de tomber sur quelque chose qu’on attendait pas. Et de ressentir cette petite victoire intérieure d’avoir flairer le bon numéro.
Et c’est ça qui me manque : la possibilité d’être surprise.
On a accès à des siècles de littérature et on se retrouve à lire les mêmes livres au même moment.
Prendre un livre dont on ne sait presque rien, lire quelques lignes et décider seul : tiens, j’ai envie de continuer. J’ai envie de retrouver un peu cette façon de choisir.
Pas d’arrêter de suivre les recommandations, ni de me mettre à chercher obstinément des auteurs que personne ne connaît pour le simple plaisir de ne pas faire comme tout le monde.
Mais de simplement de refaire une petite place au hasard.
Et d’accepter aussi de me tromper.
Peut-être même que cette idée dépasse un peu les livres.
Choisir une exposition parce que l’affiche nous plait. Prendre une rue parce qu’elle est jolie. Manger dans un resto sans avoir vérifié les avis avant.
Et ne pas toujours savoir à l’avance si quelque chose mérite notre temps.
A très vite,
Elsa
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