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Lecture

Histoire nº 12

Sur ma table de chevet, deux suspects.

J’avais lu un peu partout que La Voie des Rois faisait partie de cette catégorie. Le pavé qu’on ne lâche pas. La fantasy qui happe.

Commençons par un aveu : j’étais, avant, le genre de personne qui ne sort pas de chez elle sans un livre dans son sac. C’était une nécessité psychologique. Sortir sans livre me donnait l’impression d’avoir oublié une jambe. J’en avais un dans le sac, parfois même deux, et un troisième sur la table de chevet pour les insomnies. Je lisais dans le métro, dans les salles d’attente, dans la queue de la boulangerie, et parfois même en marchant  (ce qui, je le concède, n’a pas été la décision la plus brillante de ma vie d’adulte.)

Cette ferveur s’est doucement essoufflée. Et puis ma fille est arrivée, et avec elle, cette vérité qu’aucun livre de développement personnel ne vous prépare vraiment : on ne perd pas le goût de lire, on perd les heures de lire. Ce n’est pas pareil.

Je m’y suis remise, doucement. Vingt minutes le soir, un chapitre le dimanche matin si l’astre familial est bien aligné. Et avec la lecture revient cette envie très précise : tomber sur le livre qui scotche. Vous savez, celui qu’on referme à quatre heures du matin en se disant « tant pis, ça vaut le coup ».

Petit aparté pour les parents de jeunes enfants qui me lisent : non, ça ne vaut pas le coup. Fermez le bouquin. Allez vous coucher. À six heures trente, votre enfant de deux ans n’aura pas lu Brandon Sanderson, et il n’aura aucune compassion pour vos choix nocturnes.

Le dernier vrai coup de foudre, c’était Les Piliers de la Terre, pendant ma grossesse. J’étais scotchée au livre ET au lit, combinaison rare et terriblement efficace. Je vous en parlerai sans doute un jour, même si soyons honnêtes, des critiques dithyrambiques de Ken Follett, on en trouve dans tous les recoins d’internet.

Depuis, je cherche le suivant. Et depuis, je cherche.

J’avais lu un peu partout que La Voie des Rois faisait partie de cette catégorie. Le pavé qu’on ne lâche pas. La fantasy qui happe. J’ai très peu de références dans ce genre… Tolkien, et c’est à peu près tout. Alors je me suis dit que c’était l’occasion. J’ai ouvert le tome presque cérémonieusement.

La voie des rois

Et… j’avance. Lentement. Très lentement. Ce n’est pas mauvais, je passe d’honnêtes moments, mais cet univers ne me happe pas, ne m’appelle pas quand je ferme le livre, ne hante pas mes journées. Je le rouvre par devoir poli, comme on retourne dîner chez quelqu’un qui cuisine correctement mais sans génie.

Le symptôme qui ne trompe pas, chez moi : j’ai commencé un deuxième livre en parallèle. Black Water. Et là encore, j’aime bieeeen l’ambiance, j’ai fini le tome 1, attaqué le tome 2, et la collection que j’ai achetée est par ailleurs visuellement sublime (ce qui, je le reconnais, pèse plus dans la balance que ça ne le devrait). Mais. Toujours ce mais. Ça se lit. Je ne sais pas.

Je réalise en écrivant ces lignes que je suis en train de vous parler de deux livres que je ne vous recommande pas forcément, et qui par ailleurs se lisent très bien. C’est un genre nouveau dans le carnet, j’en conviens. Peut-être que c’est une façon de me forcer à les finir  pour pouvoir revenir vers vous avec un verdict, et qu’on en finisse.

Ou peut-être que c’est simplement ça, lire avec un enfant de deux ans : on n’attend plus le grand frisson, on prend ce qui passe, on avance par petits chapitres, on referme le livre en se disant « demain peut-être ». Et finalement, le grand frisson, il viendra. Il vient toujours. Souvent quand on ne l’attendait plus.

Si vous, en attendant, vous avez le livre qui vous a scotchée au lit récemment, écrivez-moi. J’ai un sac qui attend.

À très vite,

Elsa

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